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Hartmut Kiewert : utopie d’un monde vegan

« Une profonde déchirure entre le monde des animaux et le monde des hommes est apparue. Cette séparation entre humains et animaux est au cœur de notre culture depuis plusieurs centaines d’années déjà, mais elle atteint aujourd’hui des sommets d’une rare violence. »

Hartmut Kiewert

 

Pouvoir et domination

Tout l’univers artistique d’Hartmut Kiewert tend à dénoncer l’exploitation animale et la domination de l’homme sur les autres espèces, une domination qu’il rêve de voir s’éteindre. Au fil de son œuvre, l’artiste nous présente sa vision d’un monde cruel et étrange où se mêlent carcasses désincarnées, animaux chassés et créatures devenues mi-animaux, mi-aliments, une transition entre l’animal encore vivant et son sort inéluctable. Mais sa vision de l’avenir est celle d’un monde idéal où des hommes luttent pour libérer les animaux de leur triste condition et parviennent à transformer radicalement la société.

Ainsi les travaux de Kiewert mettent en lumière un double aspect : la société telle quelle est aujourd’hui et une vision plus « politique » qui place la nature et les animaux au premier rang. Entre 2004 et 2013 les œuvres d’Hartmut Kiewert laissent percevoir cette « Evolution/Révolution » et l’artiste finit par livrer sa vision du futur, celle d’un monde où la prédominance de l’homme a cessé : les animaux évoluent librement, la nature a repris ses droits, les symboles de la domination de l’homme sur les autres espèces ne sont plus que les vestiges d’un passé révolu.

Pour faire naître ce nouveau monde vegan, une prise de conscience massive est nécessaire.

 

Hartmut KIEWERT - Im Freien, 2013

Hartmut KIEWERT – Im Freien, 2013

 

 

Evolution, révolution, compassion : le cycle Kiewert

La compassion n’est pas absente du monde d’Hartmut Kiewert, elle est généralement à l’origine de révoltes car elle pousse hommes et enfants à libérer des animaux qui étaient destinés à l’abattoir : les cochons trouvent ainsi un foyer au cœur des habitations ou bien ils errent librement dans la nature.

Hartmut Kiewert est un artiste vegan et activiste qui n’hésite pas à s’inspirer d’œuvres célèbres pour mieux exprimer son anticonformisme et ses envies de révolte : le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet et « La liberté guidant le peuple » de Delacroix sont dès lors réinterprétés pour exprimer la force grandissante du mouvement vegan et une volonté farouche de transformer la société. Car les œuvres d’ Hartmut Kiewert ne visent pas seulement à dénoncer la domination de l’homme sur les autres espèces : elles visent à faire de l’homme une espèce parmi tant d’autres, une espèce qui ne peut plus rivaliser avec la nature. Telle est l’utopie de l’artiste.

Cette vision utopique du futur incite alors le spectateur à se demander où est sa place : spectateur ou acteur ?

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Hartmut KIEWERT- The Pigs are allright, 2012

Hartmut KIEWERT- The Pigs are allright, 2012

 

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Peinture vegan : une technique particulière

Peinture à l’huile pinceau, toiles … Toutes les fournitures utilisées par Hartmut Kiewert sont vegan, ainsi l’artiste n’utilise aucune matière animale ou issue d’animaux. Ces contraintes techniques sont tout à fait naturelles pour cet artiste engagé en faveur du droit des animaux à être libres et non exploités.

Pour ses créations Hartmut Kiewert utilise des toiles en fibres végétales (lin, coton, jute, chanvre), des pigments synthétiques et des pinceaux en fibres synthétiques.

Être un artiste vegan ce n’est pas seulement représenter des animaux … Les artistes vegan font face à des contraintes et tout particulièrement les artistes peintres.

En effet, les techniques traditionnelles de peinture requièrent souvent l’utilisation de matières issues d’animaux morts : brosses et pinceaux en soies de porcs, peinture d’os utilisée pour la dorure, comme apprêt ou comme liant sur des supports pour la peinture à l’huile. Colles animales : colle de peau de lapin, colle de poisson pour la préparation des supports… Utilisation de l’œuf pour lier les pigments, pigments fabriqués à partir d’animaux (cochenilles pour le pigment rouge, coquilles d’huîtres pour le blanc nacré, seiche pour le pigment brun, morceaux d’ivoire calcinés pour le noir d’ivoire, guanine d’écailles de poissons ou de perles naturelles pour le blanc-argenté)…

Hermut Kiewer n’utilise pas, vous l’aurez compris, la technique du « Tempera à l’œuf » (« détrempe de l’œuf » qui consiste à mélanger des couleurs sous forme de pigments avec de l’œuf pour obtenir de la peinture),

Etre vegan c’est penser à tous les aspects du quotidien pour le bien-être des animaux et cela prend parfois des aspects assez inattendus.

Hartmut Kiewert - Sofa, 2011

Hartmut Kiewert – Sofa, 2011

Sources:

http://en.hartmutkiewert.de

http://en.hartmutkiewert.de/theory/praxis-vegan-painting-technique

Abrégé des Mémoires de l’Académie Royale des Sciences « L’art de faire les colles », M. Duhamel du Monceau, 1771, Tome XV, page 409.