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Cao Hui : le sculpteur qui dénonce le marché de la souffrance

Je pense que les artistes veulent plus que tout au monde jouer à être dieu. Cao Hui

Les écorchés de Cao Hui et autres représentations sanglantes

Entre réalisme, métaphore et horreur, l’univers du sculpteur chinois Cao Hui est loin des sentiers battus. Ses œuvres étonnantes peuvent choquer ou fasciner car ses nombreuses représentations d’animaux écorchés ou d’objets du quotidiens suintants de chair, d’entrailles et de sang ne peuvent guère laisser indifférent.

On est loin des représentations anatomiques de Fragonard ou du très contesté Gunther von Hagens*, car il est ici question de la dénonciation d’un système économique d’où l’émotion est exclue pour tous les êtres dits « non-humains ».

Cao Hui - Fauteuil en cuir

Cao Hui – Sofa

La cruauté au quotidien

Cao Hui nous incite à considérer les objets au-delà de leur apparence car derrière la simplicité d’un fauteuil en cuir, d’un manteau de fourrure ou d’une paire de chaussures se cache la souffrance et parfois la mort. Notre quotidien est parsemé d’objets issus de matières provenant d’animaux qui ont souffert, tel est le message délivré par l’artiste.

L’utilisation de résine et de couleurs sobres confère à ces œuvres l’aspect de chairs réelles. Les animaux aux formats impressionnants, leur représentation en 3 dimensions et le luxe de détails réalistes éveille en nous des sentiments troublants et déconcertants. Les spectateurs les plus curieux pourront observer une multitude de détails réalistes : chairs éparses, muscles, viscères mis à nu.

Le cuir de vache, le cordovan*, la laine, toutes ces matières couramment utilisées pour la fabrication textile ou l’ameublement sont ramenées ici à leur simple origine : l’animal. Le spectacle de ces bêtes dépourvues de leurs peaux nous pousse ainsi à nous interroger sur le bien-fondé de l’appropriation de la matière animale par l’homme.

Cao Hui - Cheval écorché

Cao Hui – Horse

 

Réalisme et métaphore

Les visées de Cao Hui sont à la fois artistiques et éthiques car l’artiste dénonce un système qui tire profit de la « marchandisation du corps animal ».

Mi-réelles, mi-fantasmées, les sculptures de Cao Hui lèvent un voile impudique sur les mystères de l’anatomie d’animaux sacrifiés aux exigences de la mode ou de la consommation de masse. Les matières animales sont alors exhibées sous leurs aspects les plus sordides : veste sanglante, fauteuil dégoulinant de sang et d’entrailles, vache à demi-écorchée … Un monde terrifiant et pourtant bien réel.

 

Cao Hui - Manteau de fourrure

Cao Hui – Fur coat

 

 

 

 

 

 

 

Cao Hui - Le cuir de vache

Cao Hui – Cattle

 

 

 

 

 

 

 

Cao Hui - L'homme et la laine

Cao Hui – Pure wool

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : http://www.pifo.cn/

Photos via http://www.pifo.cn/

 

Notes:

*Gunther von HagensPlastination : procédé inventé en 1977 par l’anatomiste allemand Gunther von Hagens. Cette technique permet de conserver des corps ou des parties d’êtres décédés en conservant leur aspect naturel et de manière à montrer les organes, les muscles, les nerfs et les tendons mis à nu. Lors d’expositions très controversées, ce sont près de 200 corps plastifiés aux allures d’écorchés qui ont été utilisés.

Les visées « artistiques » revendiquées par G. von Hagens se sont heurtées à des problèmes d’éthique et de légalité : “Toute atteinte à l’intégrité du cadavre, par quelque moyen que ce soit » étant répréhensible par la loi (article 225-17 du Code pénal). En outre, la question de la provenance des corps humains utilisés pour ces expositions prétendument artistique s’est également posée.

* Cordovan : terme employé pour désigner le cuir de cheval ou de poulain.

 

Citation :

« It seems artists are no longer happy just being artists, but are driven by their inborn love of performance to try out new roles, such as philosopher, scientist, doctor or perhaps even engineer. I think artists really want to play god more than anything else. »

« Il semble désormais que les artistes ne se contentent plus d’être de simples artistes et qu’ils sont menés pas leur amour inné de la performance à endosser des rôles tels que philosophe, scientifique, médecin ou peut-être même ingénieur. Je pense que les artistes veulent plus que tout au monde jouer à être dieu. »

http://sweet-station.com/blog/?s=cao+hui